Dans les coulisses de la recherche : Alban Voppel et le projet MOTS+

Formé en sciences cognitives et animé par une passion pour la pratique clinique, Alban Voppel consacre ses recherches à une question à la fois simple et ambitieuse : la parole peut-elle nous aider à prédire et prévenir les rechutes en psychose précoce ?

De la théorie à la pratique clinique

Alban Voppel est l’un de nos chercheurs au Centre d’excellence en santé mentale des jeunes (CESMJ), où il joue un rôle central dans le projet MOTS+. Formé en philosophie de l’esprit et en sciences cognitives, il a rapidement cherché à ancrer ses travaux dans des contextes cliniques réels. Cette démarche l’a conduit vers la recherche en psychiatrie, puis à un doctorat, suivi d’un postdoctorat aux Pays-Bas, où il s’est spécialisé dans l’étude de la parole comme biomarqueur en santé mentale. 

Son parcours de recherche l’a ensuite mené à Montréal et au CESMJ, où ce qui devait initialement être un poste d’un an s’est transformé en trois années consacrées au développement et à la direction du projet MOTS+. 


Ce que j’apprécie particulièrement au CESMJ, c’est la qualité de l’environnement de recherche et la place centrale accordée à l’équipe de savoir expérientiel. Le projet MOTS+ représente pour moi une approche à la fois rigoureuse et concrète pour mieux prédire les symptômes, en s’appuyant sur le savoir vécu. Il nous permet de répondre à des questions que les cliniciens se posent au quotidien.

Alban Voppel research coordinator, post doctorat student from Mcgill university at the center of excellence in youth mental health

Alban Voppel

Le projet MOTS+ : écouter pour anticiper la rechute

Le projet MOTS+ repose sur un constat scientifique central : la parole peut refléter des changements dans l’état de santé mentale d’une personne, parfois avant même qu’ils ne soient cliniquement observables. L’étude recrute des participants vivant en Ontario et au Québec, et combine l’évaluation des symptômes, des capacités cognitives et des données démographiques avec la collecte d’enregistrements de la parole. Des suivis mensuels, en présentiel ou à distance, sont ensuite réalisés pendant une période pouvant aller jusqu’à deux ans, avec de nouveaux enregistrements à chaque point de contact. 

L’objectif est de déterminer si la parole peut devenir un indicateur pratique et peu contraignant du risque de rechute en psychose précoce. À terme, cela pourrait permettre aux cliniciens de mieux suivre l’évolution de leurs patients et d’adopter une approche plus proactive et personnalisée des soins, par exemple en avançant un rendez-vous si les marqueurs de parole indiquent une détérioration. La mise en œuvre d’un tel projet comporte toutefois des défis importants, notamment le maintien de l’engagement des participants sur la durée et la transformation des données vocales en signaux cliniquement interprétables. Ces enjeux restent au cœur des priorités de l’équipe.

Ce que la parole peut révéler

L’un des résultats les plus frappants du projet est la richesse d’information contenue dans de courts extraits de parole. Naturelle et peu intrusive pour les participants, la parole permet de capturer des variations subtiles de la pensée, des émotions, de la cognition et du fonctionnement quotidien. Des dimensions difficiles à mesurer avec les outils cliniques traditionnels. Cependant, transformer ces marqueurs de parole en outils cliniquement utilisables nécessite une validation scientifique rigoureuse : la communication humaine est complexe, et les différences interindividuelles sont nombreuses.  

C’est dans cette perspective qu’Alban Voppel envisage la suite de son parcours au-delà du projet MOTS+. À travers son nouveau poste de professeur à l’Université McGill et à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, il ambitionne de développer un programme de recherche à l’interface de l’intelligence artificielle, de l’analyse de la parole et de la psychiatrie clinique, avec un objectif clair : produire des connaissances et des outils utiles à la fois pour les patients, les cliniciens et les chercheurs.