Comprendre la santé mentale et l’itinérance jeunesse à travers la science expérientielle
Dans ce blog, Mélodie Cordeau revient sur ses échanges avec les chercheur(se)s, et clinicien.nes lors de notre conférence sur la science expérientielle.
Lors de la conférence "Croiser les savoirs : science expérientielle et pratiques cliniques en itinérance jeunesse" présentée à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, j’ai voulu ouvrir un espace de réflexion sur la manière dont nous comprenons et accompagnons les jeunes vivant des enjeux d’itinérance et de santé mentale.
Nous avons pris un moment pour regarder au-delà des diagnostics, des statistiques et des trajectoires de services afin de revenir à l’expérience humaine derrière ces réalités. Derrière l’itinérance jeunesse, il y a souvent des parcours marqués par la survie, les ruptures, l’adaptation et parfois une profonde méfiance envers les services publics et institutions.
La conférence a aussi permis de mettre en lumière l’importance de la science expérientielle et du savoir issu du vécu. Trop souvent sous-estimée dans les milieux de pratique, cette expertise apporte pourtant une compréhension essentielle de ce qui aide réellement, de ce qui peut blesser et de ce qui permet de (re)construire un lien de confiance.
Nous avons également abordé l’importance d’humaniser les jeunes que nous accompagnons. Derrière les comportements, les diagnostics ou les mécanismes de protection, il y a d’abord des êtres humains complexes avec une histoire, des émotions, des besoins et une dignité qui méritent d’être reconnus. Dans le regard des systèmes de la santé, les jeunes en situation d’itinérance se sentent perçus à travers leurs difficultés plutôt qu’à travers leur humanité.
Mais cette réflexion allait aussi dans l’autre sens : s’humaniser comme professionnel(le). Accepter que l’intervention ne repose pas uniquement sur l’expertise ou les réponses à apporter, mais aussi sur la capacité à être authentique, humble et présent.
Parfois, ce qui permet réellement de créer un lien, ce n’est pas d’avoir la “meilleure intervention”, mais d’être une meilleure personne, avec qui les jeunes peuvent se sentir en sécurité et en confiance.
Cette conférence se voulait avant tout une invitation à ralentir, à questionner nos réflexes d’intervention et à réfléchir à la place que nous accordons au vécu dans nos pratiques.
Que devient notre compréhension de la santé mentale lorsque nous écoutons réellement les personnes concernées ?
Et qu’est-ce qui pourrait changer dans nos milieux si nous faisions davantage de place aux savoirs humains, relationnels et expérientiels ?