Pourquoi avons-nous des services dédiés à la santé mentale des jeunes ?

Pourquoi notre société accorde-t-elle autant d'importance à la santé mentale des jeunes ? Et pourquoi les jeunes ont-ils besoin de leurs propres services ? Il s'agit manifestement d'une question importante puisque le Canada a récemment consacré plus de 500 millions de dollars de fonds fédéraux à la création du Fonds pour la santé mentale des jeunes, dans le but de soutenir les communautés, les organisations et les autres parties prenantes dans la prestation de services de santé mentale et de soutien aux jeunes.

Selon les statistiques, les jeunes de 12 à 25 ans représentent un quart de la population mondiale ; au Canada, cela représente environ 7,5 millions de personnes. Les problèmes de santé mentale sont le principal défi auquel est confronté ce groupe démographique. Rien qu'en 2023, 1,6 million de jeunes Canadiens ont souffert d'une maladie mentale.

Il est essentiel de s'occuper de la santé mentale des jeunes, non seulement pour le bien-être individuel, mais aussi pour les avantages sociétaux, tels que la réduction de la pression sur les familles, les soins de santé et les systèmes sociaux. Cependant, malgré la forte demande, l'accès aux services de santé mentale pour les jeunes reste insuffisant, ce qui entraîne de graves conséquences telles que des handicaps à vie, une diminution de la qualité de vie et des pertes économiques.

Posez-vous la question suivante : si vous étiez aux prises avec des problèmes de santé mentale, sauriez-vous vers qui vous tourner pour obtenir de l'aide ?

Les jeunes devraient être capables de reconnaître le besoin d'aide, de savoir où la chercher et d'accéder rapidement à des soins appropriés. Au niveau des systèmes, les services doivent être accessibles, abordables, confidentiels, sensibles à la culture et adaptés au développement. Le développement d'interventions psychosociales fondées sur des données probantes et la réforme des systèmes existants pour fournir des services opportuns aux jeunes restent un besoin pressant au niveau mondial, qui n'a pas encore été suffisamment pris en compte.

Au cours des dernières décennies, des efforts ont été déployés pour transformer les services de santé mentale destinés aux jeunes, investir dans ces services et les développer. Grâce à ces efforts, nous avons commencé à mieux comprendre les besoins et les services de santé mentale des jeunes, tout en trouvant des moyens d'améliorer le système pour obtenir de meilleurs résultats. Ci-dessous, je présente les arguments en faveur de services de santé mentale dédiés aux jeunes de deux points de vue : d'une part, du point de vue de l'adolescent et, d'autre part, du point de vue du système de soins de santé.

(I) La jeunesse : Une période de changement et de développement

La jeunesse est une période critique de maturation, marquée par le passage de l'enfance à l'âge adulte. Bien que les définitions varient, la tranche d'âge la plus largement acceptée pour la jeunesse est celle des 12-25 ans. Au cours de cette période, les jeunes sont confrontés à une convergence de facteurs neurodéveloppementaux, génétiques, biologiques, psychosociaux et environnementaux qui influencent considérablement leur santé mentale. Par exemple, le système limbique du cerveau, responsable de la régulation émotionnelle, arrive à maturité au milieu de l'adolescence, tandis que le cortex préfrontal, qui régit les fonctions exécutives telles que la prise de décision et le calcul des risques, arrive à maturité plus tard. C'est comme si le moteur tournait à plein régime sans que les freins soient pleinement fonctionnels. Ce décalage dans le développement entraîne des difficultés dans la capacité de raisonnement et la régulation émotionnelle, ce qui rend les jeunes plus susceptibles de développer des troubles mentaux.

 

En outre, cette période est marquée par une croissance sociale et personnelle importante : elle comprend les résultats scolaires, la poursuite d'une activité professionnelle et la formation de relations importantes telles que les premières expériences sexuelles et l'appartenance à un groupe d'amis. Ces changements, associés aux récents défis mondiaux tels que les pandémies et l'instabilité économique, compliquent encore le paysage de la santé mentale chez les jeunes.

(II) Niveau systémique : Obstacles à une prise en charge adéquate

Malgré la prévalence des problèmes de santé mentale chez les jeunes, beaucoup d'entre eux ne cherchent pas à obtenir ou à recevoir des soins adéquats. L'un des principaux obstacles est la transition brutale des services pédiatriques aux services pour adultes à l'âge de 18 ans. Cela entraîne souvent un manque de continuité des soins, précisément au moment où des soins cliniques adaptés au développement sont les plus essentiels. En outre, les services traditionnels de santé mentale pour adultes traitent des formes plus graves et bien établies de troubles mentaux, ce qui les rend mal équipés pour traiter les nouveaux problèmes de santé mentale des jeunes lorsqu'ils cherchent à se faire soigner.

 

De plus, si ces services traitent principalement les problèmes de santé mentale et de détresse, ils ne couvrent pas d'autres aspects cruciaux de la vie d'un jeune, comme la santé sexuelle, l'emploi ou les besoins en matière de logement. Par conséquent, plutôt que de demander aux jeunes de s'adapter à ces systèmes, ceux-ci devraient être conçus pour répondre aux besoins des jeunes et de leurs familles.

Vers des services de santé mentale dédiés aux jeunes

Jusqu'à présent, la reconnaissance croissante des besoins spécifiques des jeunes a entraîné une évolution vers des services de santé mentale intégrés et de proximité pour les 12-25 ans. Ces services ont été conçus en mettant l'accent sur l'intervention précoce et la prévention, grâce à des équipes multidisciplinaires travaillant ensemble dans le cadre d'un modèle de soins primaires intégrés. Au Québec, ces centres s'appellent Aire ouverte et sont répartis dans toute la province (trouvez le centre le plus proche de chez vous ici). Ces services de santé mentale et physique sont conçus par des jeunes pour des jeunes et visent à améliorer les résultats, les expériences et la continuité des soins. Des conseils sur l'école, le travail, le logement ou des informations sur l'aide juridique et financière sont également fournis sur place. Consultez leur gamme complète de services ici. Des centres de santé mentale pour jeunes similaires à Aire ouverte existent dans le monde entier. Par exemple, en Australie, ils sont connus sous le nom de “headspace”, et en Irlande, ils s'appellent “Jigsaw”.

 

La recherche et l'évaluation des services ont mis en évidence l'efficacité de ces modèles, en insistant sur le besoin d'accessibilité, d'acceptabilité, d'équité, d'adéquation, d'efficacité et d'engagement des jeunes. L'un des principaux objectifs de ces systèmes intégrés de santé mentale pour les jeunes est d'améliorer les résultats sanitaires à court et à long terme des jeunes. D'une manière générale, les services destinés aux jeunes doivent s'assurer qu'ils incarnent les principes de l'OMS en matière de convivialité pour les jeunes : "au bon endroit, au bon moment, au bon prix, dans le bon style”“.

Au bon endroit, au bon moment, au bon prix, dans le bon style

Dans l’ensemble

Tous les jeunes méritent une santé mentale optimale lors de leur passage à l'âge adulte. J'espère vous avoir convaincu qu'il est essentiel de réformer les systèmes de santé pour mieux répondre aux besoins de cette population unique. Les services dédiés à la santé mentale des jeunes offrent une solution prometteuse, mais une évaluation continue et la participation des jeunes sont essentielles à leur succès. Au Centre d'excellence en santé mentale des jeunes de Montréal, nous nous sommes engagés à relever ces défis. Je vous invite à consulter notre portefeuille de possibilités de recherche et de formation pour voir comment vous pouvez contribuer à l'avancement des connaissances et des soins pour tous les jeunes.

Une chose est sûre : investir dans la santé mentale des jeunes, c'est investir dans notre avenir collectif.

Par Kristin Davis