Faire l'histoire

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Dans un ouvrage qui vient tout juste de sortir, deux réformateurs du système de justice américain font l’apologie du « gradualisme », une approche des politiques publiques qui soutient des politiques plus modestes déployées par étapes pour effectuer des changements importants dans la société.

Pouvons-nous nous permettre une approche gradualiste en santé mentale telle qu’on l’observe depuis quelques années ? Bien sûr que non. Non seulement le bateau coule, mais le système n’a jamais eu la tête hors de l’eau.

Faute de soins adéquats, l’état de certaines personnes gravement malades se détériore. Des centaines de personnes s’enlèvent la vie dans le silence et l’anonymat chaque année, laissant des proches dévastés par milliers.

J’ai été hospitalisé à la fin de ma vingtaine et j’aide maintenant des jeunes qui sont hospitalisés dans mon rôle de pair aidant. Comme patient partenaire, j’ai vécu les carences du système et, comme intervenant, je constate qu’elles ont toujours cours.

De nombreux observateurs affirment que ce qui importe le plus aux hommes politiques est la marque qu’ils laisseront dans l’histoire. Et l’histoire, quant à elle, s’écrit dans les moments de crise. Quoi de mieux qu’une pandémie ayant vulnérabilisé des pans entiers de la société pour laisser sa marque ?

On ne compte plus le nombre de textes dans les pages d’opinions à propos de la santé mentale qui sonnent l’alarme. N’étant pas capable d’inverser la tendance de manière substantielle avec l’indignation seule, devrions-nous adopter un autre ton ? Quelque chose comme envisager l’immense exploit que serait une réforme réellement salvatrice? Quel accomplissement ce serait que de faire enfin entrer dans la modernité les soins en santé mentale au Québec ! La nouvelle réforme sauverait des vies. On l’enseignerait à l’université. Elle ferait l’envie du monde entier.

Rêvons quelques instants… pourquoi ne pas viser une société sans suicide ? Des hôpitaux accueillants qui donnent aux personnes en grave détresse le confort et le ressourcement dont elles ont besoin ? Une éradication des listes d’attente ? Toute ces idées méritent sérieusement notre attention et nous enjoignent d’agir.

Par Charles-Albert Morin