Schizophrénie : Le train que je n’ai jamais vu arriver

Lorsque j’ai commencé à vivre des épisodes psychotiques, la schizophrénie était la dernière chose à laquelle je pensais. Je savais que je souffrais d’anxiété, mais je croyais que mon manque de motivation pouvait être lié à une dépression, que mes hallucinations relevaient du stress post-traumatique, que mes délires étaient des soupçons rationnels, etc.

En tant qu’étudiante en neuroscience, je connaissais les critères de nombreuses maladies neurologiques et psychiatriques. Je savais que la schizophrénie impliquait des symptômes positifs (des ajouts au fonctionnement “normal”), négatifs (des manquent ou pertes dans ce fonctionnement) et cognitifs (des troubles de la pensée et du raisonnement). J’avais même rédigé une notice sur la schizophrénie quelques mois plus tôt, sans me douter que ce trouble allait devenir ma réalité. Je savais aussi que la psychose était liée à des modifications des neurotransmetteurs (ces “messagers” chimiques du cerveau) notamment la dopamine, le glutamate et la sérotonine, elles-mêmes influencées par une combinaison de facteurs génétiques et de stress/perturbateurs environnementaux. J’allais découvrir plus tard que d’autres facteurs biopsychosociaux entraient aussi en jeu, mais c’est ce que je savais à l’époque.

Je pensais qu’il était de mon devoir d’élaborer une hypothèse (une explication plausible fondée sur certains éléments, mais encore à confirmer) concernant mon état. En fait, cela me semblait être ma seule option, car l’accès au soutien en santé mentale était très limité au début de la pandémie. J’ai donc repensé aux événements marquants de ma vie et relu mes notes de cours, à la recherche d’une explication. Cependant, l’hypothèse que j’avais construite seule était incomplète.

Et je luttais contre la stigmatisation, pensant que mes troubles mentaux étaient comme un virus qui pouvait contaminer les autres, un peu comme le virus de la COVID-19. Je craignais de faire mal aux autres, de finir internée, ou de connaître un autre sort terrible.

Ce n’est qu’une fois hospitalisée que j’ai enfin reçu les soins dont j’avais besoin et obtenu un diagnostic adapté. Bien qu’il y ait plusieurs choses que je changerais dans mon séjour à l’hôpital si je le pouvais, je suis reconnaissante que ma psychose ait été reconnue. J’ai aussi eu accès à des médicaments antipsychotiques (destinés à contrer la psychose) ainsi qu’à un programme pour les premiers épisodes psychotiques qui m’a soutenue pendant trois ans après mon hospitalisation.

Ce texte est donc un appel à de meilleurs soutiens et à des évaluations pour la schizophrénie qui ne nécessitent pas forcément une hospitalisation, et un appel à plus de compréhension et de compassion envers les personnes atteintes de schizophrénie. Je sais que durant mon épisode, je faisais tout ce qui était en mon pouvoir pour aller mieux et mettre en “quarantaine” ma maladie. Mais on ne peut pas attraper la schizophrénie, et je pense que j’aurais ressenti un immense soulagement si je l’avais compris, si j’avais réalisé que je n’étais pas une mauvaise personne parce que je souffrais. Nous, les personnes atteintes de schizophrénie, ne sommes pas violentes par nature. Il revient à chacun de rappeler aux autres qu’ils ont de la valeur, et qu’ils ne sont pas seuls.

Par Anonyme