Un cadeau pour la vie
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Tout avait commencé alors que je m’entraînais en vue de compléter mon premier marathon. Le meilleur ami de mon père, qui avait le sport qui lui coulait dans les veines, m’avait dit que ce que j’entreprenais n’était rien de moins qu’un cadeau que je me faisais pour la vie. Que de consacrer une partie de ses journées à se garder en forme te suivrait toute ta vie, tant pour éponger les douleurs que pour te procurer du plaisir.
À peine deux ans après cette révélation, le labyrinthe dans lequel j’étais m’apparaissait sans issue. À chaque coin un nouveau mur. Je me retrouvais à la recherche d’un emploi alors que je n’avais plus envie de vivre et, plus concrètement, que je n’étais même pas capable de rester attentif lorsque j’écoutais la télé. J’allais devoir me battre tous les jours, envoyer des CVs même si les emplois me paraissaient minables, je serais convoqué à des entrevues, je connaîtrais des échecs.
Un ami m’avait offert d’aller faire un tour de vélo. À ce stade-là, on m’aurait invité à un congrès sur les timbres, j’y serais allé, tout pour ne pas me retrouver étouffé par ma détresse chez moi à attendre le courriel d’un futur employeur.
Nous avions tout un programme. 100km de vélo, se rendre là où il y a encore des champs sur l’Île de Montréal, et revenir.
Je me souviendrai toujours de cette journée. Au fur et à mesure que nous avalions les kilomètres, mon esprit se libérait. D’abord 40, puis 50, et 60 jusqu’à l’arrivée, complètement vidé. Tout à coup j’avais quelque chose qui ressemblait à un plan de match, une structure. Là où il n’y avait que des culs de sac, désormais il y avait des avenues. Pas que tout se passerait sans turbulences. Mais j’avais en tête une destination et des étapes somme toute plausibles, réalisables, pour y arriver.
Mon parcours jusque-là avait été parsemé de fausses promesses. Médite et tu trouveras l’apaisement. Essaie ce nouveau médicament et tout rentrera dans l’ordre. Fais davantage de psychothérapie et tu trouveras des réponses. Dors suffisamment et tu mettras toutes les chances de ton côté.
C’est peut-être la dépression qui me faisait voir les choses en noir -surtout- et en blanc, mais rien n’avait fonctionné. Du moins, aucune méthode ne m’avait procuré une légèreté et un sentiment de maîtrise qui accotait ce que j’avais vécu cette journée-là.
En montant les marches avec mon vélo vers mon appartement, je prenais la pleine mesure de ce que m’avait dit mon demi-parrain. Que l’exercice était une véritable bénédiction.
Par Charles-Albert Morin